Ce mercredi, le 28 septembre, s’élancera Milan-Turin, l'une des plus anciennes courses cyclistes du calendrier, créée il y a 140 ans, en 1876. À titre de comparaison, la première édition de "la doyenne" Liège-Bastogne-Liège ne date que de 1892...
Milano-Torino 2012

À l'époque, les courses cyclistes permettaient de démontrer la fiabilité des bicyclettes. Et compte tenue de l'état des routes, relier Milan à Turin était un sacré exploit ! Et pour la première édition de la course, c'est un cycliste milanais, Paolo Magretti, qui s’était imposé à la moyenne horaire de 13 km/h ! La page Wikipedia italienne indique même que 8 coureurs seulement avaient pris le départ, et qu'ils n'étaient que 4 à l'arrivée !
Quelques années plus tard, en 1911, le jeune forçat de la route débutant, Henri Pélissier, viendra s'y imposer.

Pourtant fort de cette ancienneté, "Milan-Turin" ne pas beaucoup vu de vainqueurs illustres. Les grands champions italiens ne s'en sont pas préoccupés, avant une époque récente. Donc, pas de Binda, Coppi, Bartali, ni de Gimondi au palmarès. Seul le milanais Gianni Motta est venu l'emporter. Il faut dire qu'à l'époque, lorsque Eddy Merckx ne s'intéressait pas à une course, elle devenait -du coup- un objectif atteignable pour ses adversaires. Motta fut ensuite imité par De Vlaeminck, qui s'imposa 2 fois à Turin. Mais il faudra surtout attendre les années 80 pour voir enfin les 2 frères ennemis Saronni et Moser redorer le blason d'une course un peu oubliée.

A partir de 1987, la course sera déplacée du printemps à l'automne. Elle commencera alors à attirer du beau monde, formant avec le Tour de Lombardie et Tour du Piémont[1], le "Trittico di Autunno". Au milieu des "chasseurs de classique" qui s'y imposent alors (Bugno, Anderson, Sørensen, Gianetti, Casagrande...) on note la présence de Laurent Jalabert qui devint en 1997 le 2ème français à lever les bras depuis Pélissier, 86 ans plus tôt !

En 2007, après une victoire de la chaudière Di Luca, l'organisateur de la course RCS laissa tomber la course, préférant alors se concentrer sur d'autres courses plus télégéniques comme les Strade Bianche.

Finalement, en 2012, RCS confie les rennes de la course à l'"Associazione Ciclistica Arona". Pour moderniser le parcours, l'association a la bonne idée de déplacer l'arrivée. Alors qu'autrefois, la course ne faisait que "passer" par le colline de Superga, c'est désormais au sommet de cette difficulté qu'est jugée l'arrivée. L'endroit s'y prête bien, face à la basilique de Superga, chef d'œuvre Rococo également tragiquement connu pour la catastrophe aérienne de 1949[2] avec une vue splendide sur les Alpes. Signe de cette étrange renaissance, c'est Alberto Contador, dont le palmarès était vierge de toute classique, qui l'a emporté en 2012.

Dans les années qui suivront, la course retrouvera son prestige d'antan et parviendra à intéresser quelques cadors du peloton (Majka, Aru, Th.Pinot, Moreno, Kessiakoff, Caruso, etc). En faisant de Milan-Turin une répétition générale avant le Tour de Lombardie, les organisateurs sont en train de réussir leur pari : ils réveillent une vieille doyenne endormie !

Notes

[1] Disputé depuis 1906 quasiment sans interruption, le Tour du Piémont n'a pas eu lieu en 2013 et 2014 en raison de problèmes financiers rencontrés par RCS.

[2] Un avion transportant l'équipe de football de Turin, et donc de nombreux internationaux italiens, avait alors percuté l'arrière de l'église